Pour saluer Otto de Habsbourg

Par  /  Catégorie : Autriche
)

Monseigneur,

Vous avez rejoint la Maison du Père, le 4 juillet dernier, à l’aube d’un clair matin d’été. Si le bon Dieu l’avait voulu, vous auriez eu 99 ans le 20 novembre : votre vie s’est confondue avec un siècle. Né archiduc héritier du trône d’Autriche et de Hongrie, vous avez tout subi : la fin de l’Empire, la mort prématurée de votre père, le bienheureux empereur Charles, la nuit du nazisme puis du communisme sur les peuples dont vous étiez le souverain sans couronne. Avant, pendant et après la guerre, vous n’avez cessé de servir la liberté de ces mêmes pays auxquels les liens de l’histoire vous attachaient indéfectiblement, quand bien même certains politiciens ne vous en savaient aucun gré. Vingt ans durant, vous fûtes parlementaire européen, mais ceux qui vous connaissaient savaient que votre conception de l’Europe n’avait rien à voir avec celle des technocrates de Strasbourg et de Bruxelles.

L’intelligence, la culture, la hauteur de vue, l’énergie, le courage, le don des langues (combien en parliez-vous ? six ou sept ?), l’éducation, la simplicité : vous aviez tout, Monseigneur, pour être un grand chef d’Etat. Et je n’évoque même pas l’essentiel : la foi. Pourquoi la Providence ne vous a-t-elle pas donné votre chance ? C’est un mystère que nous comprendrons au-delà.

Le 16 juillet, à Vienne, nous avons été quelques dizaines de milliers à vous accompagner, de la cathédrale Saint-Etienne à votre dernière demeure. Pour vous aussi, on a toqué à la porte de l’église des Capucins, jusqu’à ce qu’il soit permis à la dépouille mortelle d’Otto de Habsbourg, « un être mortel et pêcheur », de rejoindre dans la crypte cent cinquante de ses ancêtres, dont sa mère, la Servante de Dieu l’impératrice Zita.

L’ultime cérémonie s’est déroulée entre les membres de votre famille. Nous, nous étions dehors. Quand la fanfare a entonné le Gott erhalte – le vieil hymne impérial – il y avait des larmes dans des milliers d’yeux. Dans les miens aussi.

Merci, Monseigneur, et adieu. A Dieu, à la douce pitié de Dieu.

Jean Sévillia

Mis à jour le 11 avril 2015