Le cas Zemmour

Par  /  Catégorie : Idées
Sources :  (Edition du vendredi 12 mars 2010)

Il y a seulement quatre ou cinq ans, Eric Zemmour n’était connu que des lecteurs du Figaro. Certains le lisaient depuis plus longtemps : dans les années 1980, il écrivait dans le Quotidien de Paris, journal qui faisait le bonheur des esprits libres. Ceux-ci avaient repéré cette plume rétive aux préjugés de l’époque. Aujourd’hui, le phénomène s’est précipité, au point que la moindre intervention médiatique de Zemmour est guettée par les milieux hostiles au politiquement correct.

Le polémiste, en effet, s’exprime aussi à la télévision, où il est une star de l’émission de Laurent Ruquier, le samedi soir, et à la radio, puisqu’il tient une chronique matinale à RTL. Il s’y montre courageux, attaquant bille en tête les idées soixante-huitardes, l’utopie d’un monde sans frontières, la dictature de l’argent, l’abandon, par l’Europe et la France, de leur identité culturelle et religieuse. Il y a quelques semaines, ses prises de position en faveur de Pie XII et de Benoît XVI, puis sa critique de l’avortement libre et gratuit ont valu à ce juif enraciné un regain de sympathie dans les familles catholiques. On ne s’en plaindra pas, car les résistants au terrorisme intellectuel, a fortiori quand ils ont du talent, sont toujours les bienvenus.

Eric Zemmour vient de publier un livre qui se présente comme une histoire de France (*). Cet essai, sur tel ou tel point, mériterait d’être discuté. L’essentiel, cependant, est qu’il s’agit d’un hymne à la gloire de la vocation de notre pays. La conclusion – sur les « nouveaux barbares » qui s’installent en masse sur notre sol – est celle d’un observateur lucide, et inquiet.

Le système lui laissera-t-il sa liberté de parole ? Ce journaliste, en tous cas, devenu une vedette, donne sa recette pour rester lui-même : relire les grands écrivains et les grands historiens. Une règle que nombre de ses nouveaux admirateurs feraient bien d’observer eux-mêmes.

Jean Sévillia

* Mélancolie française, d’Eric Zemmour, Fayard / Denoël.

Mis à jour le 20 octobre 2015