La gloire de Monsieur Vincent

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Une biographie inspirée de saint Vincent de Paul.

     L’amnésie contemporaine étant ce qu’elle est, il est probable que beaucoup s’imaginent que l’abbé Pierre, avec son appel de l’hiver 54, a été le premier à mobiliser l’opinion en faveur des mal-logés, voire que Coluche, en lançant les Restos du coeur en 1985, a inauguré l’aide aux indigents. On aura le regret de les détromper en rappelant l’immense figure de saint Vincent de Paul, le patron des oeuvres charitables. La biographie inspirée que lui consacre Marie-Joëlle Guillaume, une agrégée de lettres, met en lumière l’étonnante modernité de ce personnage du Grand Siècle.
     Fils de paysans pauvres des Landes, Vincent Depaul (telle est l’orthographe originelle de son nom) fait des études grâce aux sacrifices de sa famille. Ordonné prêtre en 1600, fait prisonnier par les Barbaresques lors d’un voyage en Méditerranée, il réussit à s’enfuir de Tunis et s’établit à Paris. Aumônier de la reine Margot, il devient ensuite précepteur dans la famille de Gondi. En 1617, à 36 ans, il s’oriente vers l’apostolat en faveur des démunis. Après un séjour dans la paroisse misérable de Châtillon-les-Dombes, il accède au rang d’aumônier général des galères, puis fonde la congrégation des prêtres de la Mission, qu’on appellera les lazaristes en raison de leur installation au prieuré de Saint-Lazare : ces prêtres se donnent pour but d’évangéliser et de soigner le peuple des campagnes. Avec Louise de Marillac, Vincent crée enfin les Filles de la Charité, des religieuses qui incitent les femmes de la haute société à s’engager comme elles au service des pauvres.
     Monsieur Vincent oeuvre également pour la réforme intellectuelle et morale du clergé. Directeur spirituel réputé, il assiste Louis XIII à l’agonie et préside le Conseil de conscience par lequel la régente Anne d’Autriche règle les affaires ecclésiastiques. Conciliant avec les protestants mais intransigeant avec les jansénistes, cherchant à aider les victimes civiles de la guerre de Trente Ans ou de la Fronde, cet homme de prière est aussi un homme d’action plongé dans les troubles de son époque.
     Mort en 1660, canonisé en 1737, Vincent de Paul fait honneur à l’ancienne France. Il est de ces héros et de ces saints que notre société devrait montrer en exemple aux enfants : rêvons un peu…

Jean Sévillia

Vincent de Paul. Un saint au Grand Siècle, de Marie-Joëlle Guillaume, Perrin, 488 p., 25 €.

Mis à jour le 16 octobre 2015